Lorsque je me suis retrouvée dans cette situation, j’ai réfléchi au comportement que je devrais adopter avec mon fils : je n’avais pas envie qu’il pâtisse de mes fatigues de fin de journée d’école, j’avais peur de ne plus être suffisamment disponible. Ce que je voulais, c’était une relation mère/fils le soir, pas une relation enseignante/élève. C’est donc tout naturellement que je ne me préoccupais pas des devoirs du soir qu’il ramenait -ou non- à la maison. J’étais là pour répondre à ses demandes quand il avait besoin d’aide mais je ne devançais jamais, je lui laissais l’entière liberté de me montrer son travail ou non, de me parler de sa journée ou non.
S’il n’avait pas fait un travail demandé, c’était de sa responsabilité, il réglait le problème lui-même avec son enseignant. Et si le travail demandé était trop difficile, ou bien un peu incompréhensible, il avait le choix des stratégies. S’il me demandait de l’aide, je discutais avec lui de l’opportunité de faire ou ne pas faire et s’il sentait la nécessité de faire, je l’aidais.
Responsabiliser l’enfant en lui préservant un jardin secret, lui faire confiance, c’est aider à le rendre autonome.
Il y a le monde de l’école d’une part et le monde de la maison d’autre part, et l’enfant navigue entre les deux, il doit s’adapter aux différences d’éducation, et il me semblait que si je mettais trop mon nez dans ses activités scolaires, immanquablement un jugement de valeur apparaîtrait, une critique, ce qui aurait pu risquer de dévaloriser l’enseignant et ainsi nuire aux relations de confiance entre l’enfant et l’enseignant.
Je m’intéressais à son parcours scolaire mais pas en tant que censeur, contrôleur. Il avait sa vie à l’école, sa vie à la maison. Il n’avait pas de comptes à rendre tous les soirs mais il était conscient qu’il y avait des échéances régulièrement et qu’il avait une action à mener.
Étant donné l’éducation que nous lui avons donnée ainsi que l’ouverture sur le monde culturel, il me semble qu’il aurait pu se passer de fréquenter l’école primaire, cela n’aurait pas nui à son développement intellectuel et à l’agrandissement de ses connaissances. Je n’étais pas trop inquiète. Cependant je jugeais l’école nécessaire pour la socialisation.
J’étais un peu plus inquiète durant les années collège et lycée. Il m’arrivait de me demander si mon fils faisait bien tout ce qu’il devait faire. Alors nous discutions et cela suffisait pour me rassurer. L’attitude que j’avais était partagée par son père, nous avions tous les deux les mêmes principes, la même cohérence, ainsi nous présentions une image de confiance, rassurante mais savions aussi exprimer nos exigences. Nous étions toujours là pour répondre à ses demandes.
Les devoirs du soir
Normalement aucun souci, ils sont toujours interdits à l’école primaire.
Je ne donnais jamais de devoirs du soir mais des enfants m’en réclamaient parfois.
L’enfant est pris entre deux systèmes, l’école et la maison et il est capable de percevoir les différences de conceptions de l’éducation. Quand un enfant avait des parents pressants, contrôleurs qui voulaient prolonger l’école à la maison, alors pour éviter les conflits, il me réclamait du travail. Il choisissait ce qu’il voulait et il partait à la maison avec ce qu’il avait envie de faire, en général des fiches autocorrectives. Cela permettait à l’enfant de faire le lien, sans heurts, entre ces deux milieux de vie.
Mais certains enfants traînaient des pieds pour partir et comme moi je travaillais souvent à l’école après la classe, ils restaient avec moi pour s’occuper, écrire, lire, bricoler… en parfaite autonomie. Quand je partais, ils partaient également et laissaient leur cartable à l’école, ils étaient sûrs de le retrouver. Ces enfants-là n’avaient personne à la maison pour les aider et n’avaient pas non plus de coin à eux chez eux et donc ils travaillaient d’eux-mêmes dans le lieu choisi : la classe devenue leur lieu de vie.
Monique Quertier, février 2016