Pour que vive la Méthode naturelle telle que Paul Le Bohec la mettait en œuvre
Pour que vive la Méthode naturelle telle que Paul Le Bohec la mettait en œuvre

Ne pas trop dire mais agir

Comment démarrer une nouvelle activité

Le jour de la rentrée, je voulais montrer aux enfants ce qu’était le débat mathématique libre à partir de créations mathématiques. Mais se lancer dans de grandes explications risquait d’ennuyer les enfants. Ma manière de procéder alors : une mise en situation sans explication préalable.

Je disais aux enfants que nous allions faire des mathématiques.  Je leur distribuais une petite feuille de papier et un crayon noir et je leur demandais : « Avec des chiffres et/ou des signes, des lettres, des points, vous faites une création mathématique. »
Les réactions étaient diverses.
Je répondais aux questions du genre : « est-ce qu’on peut … ? » par : « tu es libre » ou « comme tu veux ».  Je ne voulais en aucun cas influencer leurs productions.
Certains enfants étaient perplexes et attendaient, ne semblant comprendre ce que je demandais. Peut-être par peur de ne pas me satisfaire, ils réfléchissaient pour trouver ce que j’attendais d’eux et n’osaient pas se lancer par crainte d’un jugement. Mais toujours dans le groupe, il se trouvait des enfants qui, sans hésitation aucune, se lançaient immédiatement et produisaient une création.
Lorsque plusieurs enfants s’étaient exprimés sur le papier, je stoppais et ramassais 4 ou 5 feuilles.
Je recopiais les créations au tableau et nous commencions le débat.
Je ne manquais pas de dire aux enfants que tous auraient une création au tableau à tour de rôle les prochains jours.

Ce n’était pas les conditions idéales mais le premier jour, les enfants étaient très attentifs au maître, donc surveillaient bien ce qui se passait et le grand groupe n’était pas gênant.
Nous discutions sur chaque création : description, critique, recherche de sens, d’une suite…  Chaque enfant avait la possibilité d’apporter une information mathématique, un savoir, une contradiction. Un débat commençait à prendre forme.
Je m’arrangeais pour que toutes les créations reproduites au tableau soient étudiées.
Ensuite j’expliquais aux enfants comment nous procéderions les jours suivants : organisation en deux groupes, carnets pour écrire sa création, travail du groupe en autonomie.

Ce premier jour, c’était pour l’essai et nous commencions à travailler bien organisés le jour suivant.
Je n’avais pas donné de longues explications, j’avais seulement pis les enfants au travail.

Le passé scolaire des enfants

Les enfants en début d’année scolaire arrivent dans une classe nouvelle avec souvent un lourd passé à gérer, jugements de valeurs bien ancrés dans leur esprit : « Tu ne travailles pas assez… Tes résultats sont insuffisants… Tu dois faire des progrès… ». Moi je ne veux rien savoir de tout ça, je veux donner leur chance à tous, les placer en position d’égalité par rapport à l’expression création, leur permettre d’exprimer leur savoir enfoui : ils doivent découvrir qu’ils ont des connaissances. Et ils le découvraient en se mettant au travail dès le premier jour. Ensuite c’était à moi d’organiser le groupe de façon à ce que les idées exprimées par chacun soient acceptées, commentées, enrichies. Somme toute œuvrer à la formation d’un groupe positif sans lequel la Méthode naturelle n’existerait pas.

Et c’est pourquoi dès le premier jour de classe je voulais que les enfants se soient exprimés, aient créé, proposé au groupe leur production et manifesté leur soif d’apprendre, leur désir.

Les enfants attendent qu’on les entraîne dans l’aventure de la connaissance :
« L’être humain est, dans tous les domaines, animé par un principe de vie qui le pousse à monter sans cesse, à croître, à se perfectionner, à se saisir des mécanismes et des outils afin d’acquérir un maximum de puissance sur le milieu qui l’entoure. » (Célestin Freinet, La Méthode naturelle)