Pour que vive la Méthode naturelle telle que Paul Le Bohec la mettait en œuvre
Pour que vive la Méthode naturelle telle que Paul Le Bohec la mettait en œuvre

Un groupe de compagnonnage

J’ai eu la chance de profiter d’un compagnonnage avec Paul Le Bohec.

Retraitée, il m’a paru évident que je devais à mon tour proposer des compagnonnages. Après plusieurs expériences, je peux dire maintenant que ces compagnonnages se révèlent être très positifs. Ils me permettent de conserver un lien avec la réalité du terrain et j’éprouve une satisfaction de pouvoir être utile auprès de jeunes collègues.

Actuellement, je joue le rôle de Paul. J’ai d’abord eu un compagnon, puis, grâce à l’Internet, le compagnonnage concerne maintenant plusieurs personnes. Nous sommes dans une démarche de co-formation qui s’appuie sur des échanges de comptes rendus de débats mathématiques libres, mais aussi sur des réunions régulières entre personnes de professions différentes, au cours desquelles nous approfondissons la Méthode naturelle. C’est une communauté de recherche telle que Paul en son temps l’avait préconisée.

La Méthode naturelle avec sa complexité est toujours présente : c’est la vie, le savoir-être, le savoir-vivre et le travail perpétuel de la pensée. Nous avançons ensemble, jeunes et moins jeunes, chacun dans ses compétences originales et irremplaçables.

En Méthode naturelle de compagnonnage, la rencontre entre maître et compagnons est une reconnaissance mutuelle et immédiate, où s’établit de facto une relation de volonté à volonté. Chacun éprouve un immense désir de ce que l’autre a à lui apporter. C’est pour cette raison qu’un échange de haut niveau se met en place.

Le maître c’est aussi celui qui accepte de dévoiler, en plus de ses compétences, ses hésitations, ses tâtonnements. Dans notre groupe de recherche, nous sommes dans une relation d’égalité, je dirais même de complicité. Les contacts avec mes compagnons me nourrissent, me placent en situation de recherche continuelle et je suis toujours très friande de ce que je vais apprendre : quel plaisir quand les comptes-rendus arrivent de se plonger dans les créations proposées par les enfants pour trouver des pistes, des prolongements possibles.

En classe, le maître établit avec les enfants une alliance qui est de la même nature que celle qui unit les compagnons. Lorsque le groupe est formé, les apprentissages démarrent à partir d’un désir commun d’apprendre. C’est pour cette raison que Paul le Bohec affirme avec conviction que ce sont « les enfants et les maîtres qui ont expérimenté » qui formeront les formateurs. Être formateur n’est jamais une situation aboutie parce qu’elle est en relation directe avec la vie qui est questionnement, provocation perpétuels. Heureusement les enfants et leur complexité sont là pour rappeler au maître qu’il doit continuer à apprendre pour être en harmonie avec eux, afin que du travail en commun naisse un lien qui va bien au-delà des apprentissages et qui se nomme relations humaines, de celles qui permettent aux enfants, adultes de demain d’aller tranquillement et avec joie à la conquête du monde, celui de l’intérieur et de l’extérieur…

Monique Quertier