Le rôle du maître dans le groupe
« Le sixième point de la Méthode naturelle, c’est organiser les circonstances. Il faudrait être un catalyseur. Tu ne sers à rien, seulement si tu n’interviens pas, les choses ne se passent pas. Tu mets la situation en marche de telle façon qu’il y a une réaction.»
Paul le Bohec, entretien avec Nicolas Go, 6 octobre 2008
Et c’est là toute la difficulté, trouver sa place, quand intervenir et de quelle façon.
Le maître est là pour aider à ce que la pensée individuelle et la pensée du groupe se construisent. Il intervient pour installer, provoquer les interactions entre les enfants.
Il faut à la fois qu’il entende les propositions des enfants pour les suivre vers une piste mathématique qui pourrait mener à la découverte d’un concept, mais aussi qu’il observe le groupe afin de pouvoir saisir tout signe indiquant une pensée qui n’arrive pas à s’exprimer. Il guette tout signe émanant d’un enfant qui montre qu’il a une idée.
Sentir l’idée mathématique sous-jacente mais aussi ne pas conduire forcément le groupe vers cette idée.
Travail d’équilibriste : rebondir sur une idée émise parce qu’il sent que cela peut conduire vers une découverte mathématique mais aussi savoir ne pas continuer quand la pensée du groupe ne suit plus.
Si sa proposition arrive à un moment où le groupe est prêt à l’entendre, alors le débat rebondit, s’enrichit et c’est l’enthousiasme de la découverte qui fait avancer la pensée.
De toute façon, aucune prise de risque : s’il relève une observation et pousse le débat alors que l’idée n’est pas assez forte, pas assez perçue par un grand nombre, cela n’aboutira pas, les enfants n’avanceront plus. C’est alors qu’il devra laisser de côté son idée.
C’est au fil de la pratique que le maître arrive à sentir les moments où il peut intervenir et où il doit abandonner les pistes.
C’est aussi avec le temps, la pratique et l’enrichissement de sa culture mathématique qu’il arrivera lors des débats à ne plus penser à des objectifs mathématiques possibles (concepts, notions mathématiques) : forcément le débat débouche sur ces concepts l’heure venue. Son investissement est alors axé principalement sur le fonctionnement du groupe, la circulation des idées, l’expression des pensées, l’observation de chacun des membres du groupe…
C’est quand j’ai arrêté de penser continuellement au programme (me détacher des contraintes institutionnelles), parce que j’avais de par mon expérience personnelle pu observer que l’on arrivait toujours à dégager des concepts prévus au programme de la classe, et même plus, que je me suis sentie pleinement investie dans la Méthode naturelle et que j’ai été encore plus efficace avec mon groupe.
En étant ainsi libérée, en laissant la pensée du groupe suivre son chemin, bien entendu moi jouant le rôle d’un « catalyseur » comme disait Paul, c'est-à-dire que j’aidais à faire démarrer les processus, les moteurs sans apporter de solutions, eh bien la pensée du groupe et par conséquence les pensées individuelles se sont mises à galoper. Et toute mon énergie était ainsi mise au service de la bonne santé du groupe, de l’observation de chacun, de la prise en compte de chacun… pas de soucis à avoir, en fin de compte les savoirs se construisaient.
Cela demande une grande confiance en les enfants.
Et cette posture que j’avais adoptée en mathématique libre, est devenue tout naturellement celle que j’avais pour toutes les autres situations d’apprentissage.